Le blog de Philippe Baumel

Le député Philippe Baumel explique les raisons de son abstention sur le pacte de stabilité budgétaire : « Un vote d’exigence et d’alerte »

L’Assemblée nationale a voté le pacte de stabilité budgétaire qui prévoit 50 milliards d’euros d’économies d’ici à 2017 et vise à réduire le déficit public à 3 % en 2015. Le député Baumel s’est abstenu.

Début avril, Philippe Baumel donne sa chance au nouveau Premier ministre Manuel Valls en lui accordant sa confiance lors du vote d’investiture. Mais trois semaines plus tard, le député de Saône-et-Loire s’abstient au moment de la présentation du plan de stabilisation budgétaire 2014-2017 qui va être transmis à la Commission européenne.

Le texte ambitieux assure le respect des engagements européens de la France en matière de réduction des déficits à l’horizon 2015, et prévoit 50 milliards de réduction des dépenses publiques dans les trois ans à venir.

Ni défiance, ni fronde

Si ce vote du mardi 29 avril à l’Assemblée nationale n’est que consultatif, le plan de rigueur est adopté à la majorité relative, mettant en exergue les dissensions au sein du groupe socialiste majoritaire. En effet, 67 députés ne se sont pas prononcés, dont 41 encartés socialistes, un processus d’émancipation des parlementaires de la majorité presque inédit sous la Ve République. « Ce n’est en aucun cas un vote de défiance vis-à-vis du nouveau gouvernement de Manuel Valls, ni une fronde. C’est un vote d’exigence et d’alerte pour ne pas se tromper de chemin. » Philippe Baumel considère « avoir déjà accepté beaucoup de l’exécutif depuis deux ans ». Après la défaite sans précédent de la gauche aux élections municipales, le parlementaire ne veut pas rester sourd au message adressé par les Français. « Le rôle du député n’est pas de glisser dans une nonchalance par l’inaction et l’acceptation », s’anime le Brogélien pour qui l’essentiel est de jouer le rapport de force.

Depuis l’intimité de son local de permanence, il a entendu « à longueur de mois » ses administrés demander de renouer avec davantage de justice sociale, d’exiger des contreparties claires en faveur de l’emploi aux aides apportées aux entreprises et d’agir pour une réorientation de la politique européenne. « Si les citoyens ne comprennent pas le cap politique amorcé, c’est que dans notre pays très politique, il n’existe pas de majorité au centre, il n’y a pas de socle électoral pour une gauche molle. La gauche doit être assise à gauche et réformatrice », analyse l’élu.

Moins d’économie, plus de relance

Conscients de la « nécessité d’un redressement économique puissant », Philippe Baumel et ses amis doutent de la capacité du plan de Valls à relancer la machine. Ils sont en désaccord sur le rythme et l’absence de mesures fortes pour renforcer le pouvoir d’achat des plus modestes. Malgré le lest lâché par le gouvernement en faveur des petites retraites et une partie des fonctionnaires et sur le plan de pauvreté.

L’abstentionniste saône-et-loirien plaide pour un programme de réduction budgétaire de 30 à 35 milliards (au lieu de 50 milliards) assorti d’un plan de relance. « La baisse annoncée des dotations aux collectivités (près de 11 milliards d’euros) qui portent 75 % des investissements publics risque de compromettre lourdement la relance économique car elles restent le premier donneur d’ordre de notre pays », craint le quinquagénaire. Par son expérience à la Communauté urbaine et à la mairie du Breuil, l’homme est conscient de l’impact qu’ont les commandes publiques (notamment d’équipement) sur la santé des entreprises locales.

Débat exigeant

D’ici à l’été, les députés n’auront plus à se prononcer sur une feuille de route budgétaire mais sur des budgets précis et concrets, marqués par des mesures d’économies fortes. « C’est un moment de débat exigeant qui s’ouvre. Une phase de négociation avec le gouvernement qui doit faire en sorte de préserver ses soutiens », prévient le député, qui, depuis ce scrutin, sent une « ambiance différente dans l’hémicycle ». « C’est mon devoir de faire valoir la voix des modestes à Paris… Quitte à me fâcher avec mes amis en Saône-et-Loire », conclut-il, offensif.

Retrouvez cet article dans l’édition du 12 mai du Journal de Saône-et-Loire ou en cliquant sur le lien suivant : http://www.lejsl.com/edition-le-creusot/2014/05/12/un-vote-d-exigence-et-d-alerte


Article rédigé le 12 mai 2014