Le blog de Philippe Baumel

Syrie : un groupe de députés veut préparer le « jour d’après »

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Livrer plus d’armes aux insurgés syriens. Leur apporter plus d’assistance humanitaire et logistique. Tel est le contenu de ce texte co-signé par trente élus* de la majorité.

« Le 15 mars 2011, bravant la peur, les Syriens descendaient par milliers dans la rue pour réclamer pacifiquement la chute de Bachar Al-Assad. Snipers, roquettes, bombardements, depuis plus de deux ans, la répression s’est déchaînée contre la population.

On dénombre au moins 120 000 morts, des dizaines de milliers de détenus torturés, plus de deux millions de réfugiés, et sept millions de civils attendent une aide humanitaire d’urgence.

Bachar Al-Assad, coupable de crimes contre l’humanité, est toujours au pouvoir.

La perspective d’un contrôle international de ses armes chimiques est une avancée importante, mais elle ne doit pas nous faire oublier que la guerre fait rage en Syrie. La communauté internationale n’a pas encore répondu aux obligations morales, ni aux urgences humanitaires, ni paré à l’insécurité régionale. Le conflit s’exporte en Irak et au Liban où l’afflux de réfugiés, comme en Turquie et en Jordanie, compromet des équilibres démographiques et confessionnels fragiles. La crise syrienne est d’ores et déjà une crise internationale.

Pour éviter que la Syrie ne s’enfonce dans un tête-à-tête entre un régime sanguinaire et une nébuleuse djihadiste, la France prône la seule option décente : le renforcement de l’opposition démocratique. Elle a été la première à reconnaître la Coalition nationale syrienne, à rencontrer ses dirigeants, à lui apporter une aide substantielle.

Les mois perdus en vains atermoiements ont prouvé que la passivité européenne et américaine favorise les discours conspirationnistes, intégristes et anti-occidentaux. Nos hésitations à soutenir plus hardiment les démocrates renforcent à la fois la dictature et les extrémistes. Au-delà des débats sur la pertinence de frappes aériennes contre des objectifs militaires, nous appelons à poursuivre et approfondir cette stratégie de soutien pour rendre enfin possible une solution politique.

Il faut soutenir politiquement l’opposition en accompagnant sa structuration dans la Coalition Nationale Syrienne, en reconnaissant dès sa formation le futur gouvernement provisoire, en faisant entendre sa voix au Conseil de sécurité des Nations Unies.

Santé, alimentation, éducation ; l’opposition doit être en mesure de montrer au peuple syrien qu’elle sait administrer et pas seulement discourir ou résister les armes à la main. La France et l’Europe doivent augmenter leur aide à l’unité d’assistance de la Coalition, permettre aux élus des zones libérées de répondre aux besoins des habitants, et très vite renforcer leur appui logistique aux hôpitaux.

Cependant nous ne saurions prétendre aider l’opposition syrienne sans lui permettre de défendre la population contre les chars, les roquettes, les avions. Assistance technique, aide à la conduite d’opération, fourniture de matériel : l’Armée syrienne libre doit avoir les moyens de consolider sa légitimité sur le terrain.

Opposition laïque, islamiste, marxiste, libérale : il ne nous appartient pas de définir les orientations d’une Syrie libre, mais d’aider les syriens qui se battent pour leur liberté.

À ceux qui voient dans le conflit syrien la résistance d’un régime laïque face à des extrémistes religieux, nous rappelons que ce pouvoir a pour parrain l’Iran et pour bras armé le Hezbollah.

À ceux qui tentent d’ériger le clan Assad en protecteur des droits des femmes ou des minorités, nous rappelons qu’il a utilisé des obus chimiques pour gazer, sans distinction de croyance, des hommes, des femmes et des enfants. Nous rappellerons qu’il a libéré des djihadistes de ses prisons depuis plusieurs mois.

L’histoire récente nous enseigne que le soutien à une dictature sous prétexte qu’elle se targue de laïcité est une faute. Si incertaine et confuse soit-elle, nous considérons la démocratisation des pays arabes comme un processus irréversible et positif.

Nul ne peut dire quel sera le visage de la Syrie de 2025. Ce qui est sûr en revanche, c’est que la dictature, loin d’être un rempart contre le chaos, en est la cause. Nous faisons le choix du « jour d’après ». Après la guerre, après les Al-Assad, avec ceux qui veulent reconstruire la Syrie, ceux qui portent les aspirations légitimes du peuple syrien.

On nous répondra qu’il s’agit d’un combat d’arrière garde, que la France est une puissance du passé qui n’a plus les moyens de ses ambitions. On nous objectera que nous n’avons rien à y gagner. On nous rétorquera que l’agonie de ce pays n’est pas notre affaire.

A ceux-là, nous dirons que la France restera une nation de premier plan si elle est capable d’anticiper, de comprendre, et d’accompagner les bouleversements de notre monde, si elle est capable de porter la voix de ceux qui n’acceptent plus que l’histoire se fasse sans eux.

Nous rappellerons la proximité historique et culturelle à nulle autre pareille qui nous lie au Proche-Orient et au Maghreb. Nous affirmerons que l’Europe a tout à gagner à ce que l’oppression et la guerre cessent à ses frontières. Nous dirons enfin que nous n’acceptons pas – et que nous n’accepterons jamais – de détourner le regard. »

*Par Philippe BAUMEL, Jean GLAVANY, Noel MAMERE, Jean-Christophe CAMBADELIS, Avi ASSOULY, Arnaud LEROY, Edith GUEUGNEAU, Gwenegan BUI, Richard FERRAND, Cécile UNTERMAIER, Jean-René MARSAC, Laurence ROSSIGNOL, Colette CAPDEVIELLE, Christian PAUL, Christophe SIRUGUE, Guy DELCOURT, Yann GALUT, Annick LE LOCH, Thomas THEVENOUD, Chantal GUITTET, Jean-Louis GAGNAIRE, Patrice PRAT, Jean-Louis BLEUNVEN, Françoise IMBERT, Jean-Louis DESTANS, Philip CORDERY, Nicolas BAYS, Odile SAUGUES, Jean-Yves CAULLET, Laurent BAUMEL.


Article rédigé le 2 octobre 2013