Le blog de Philippe Baumel

Interview accordée à Creusot Infos

Votre vote de confiance à Manuel Valls a été mal compris, notamment de certains de vos amis. Que leur répondez-vous ?
« Député je suis, socialiste je reste. Pour moi la vocation du Député est de porter le débat, de porter des amendements. Alors oui je ne me suis pas résolu à m’abstenir et donc à voter contre des camarades et ainsi mettre à mal l’exercice du pouvoir.
Je fais parti des Députés qui ne sont pas godillots et je crois que depuis mon élection je l’ai montré et prouvé. Mais alors que notre pays traverse des difficultés, je ne voulais pas rajouter de la crise à la crise. Il me semble important de se concentrer sur l’essentiel. Le Premier Ministre a fait des avancées. Quand il annonce une baisse des impôts pour les plus modestes, il va dans le bon sens. Il faut savoir entendre les Français ».

Les classes moyennes ont le sentiment d’être les éternelles oubliées…
« Je l’entends bien, puisque les permanences sont garnies de gens qui viennent avec leur feuille d’impôt. Que me disent-ils en substance ? On est prêt à faire des sacrifices, mais pourquoi ? Cela veut dire qu’ils sont prêts à faire des efforts, mais qu’ils voudraient savoir ce qu’ils auront en retour.
Moi je souhaite que le Gouvernement, que la majorité fassent preuve de clarté. Il ne faut pas donner l’impression de virevolter. Entre rechercher à combler les déficits publics et annoncer une baisse de la fiscalité pour neuf millions de Français, on navigue entre austérité et relance de la demande. Ce n’est pas assez lisible. Il faut mieux expliquer les choses. Il faut faire preuve de pédagogie.
Au Creusot des classes dans les écoles n’ont pas été fermées comme cela était prévu. Cela veut donc dire que l’on a mis des postes d’enseignants en plus. Des postes ont donc été sauvés. C’est une des traductions des politiques menées par le Gouvernement. Cela il faut savoir l’expliquer ».

Que vous inspire le retour de Nicolas Sarkozy ?
« Rien de nouveau. Il dit qu’il a changé mais après seulement quelques minutes d’interview sur France 2 il est apparu agacé. Je n’ai pas entendu la moindre proposition. Il dit qu’il est un rassembleur, mais il montre son incapacité de rassemblement au regard des positions affirmées de Juppé comme de Bayrou. Marine Le Pen a donc de grands espaces devant elle ».

Vous êtes proche d’Arnaud Montebourg. Souhaitez-vous qu’il soit candidat et donc tête de liste pour les prochaines élections régionales entre Bourgogne et Franche Comté ?
« On a besoin de lui au niveau national et on a besoin des idées qu’il porte. On a pu voir qu’il était capable de porter fort, avec convictions, de nouvelles idées en matière économique et industrielle.
A ce moment de la 5e République, je vois mal comment mener ses idées, ses combats au niveau national, sans avoir des responsabilités locales. C’est à lui de décider quels combats il compte mener. Il a déjà mené beaucoup de batailles et il les a toutes gagnées, puisqu’il n’a jamais perdu une élection. Il est en réflexion et je ne crois pas qu’il restera longtemps sans s’exprimer ».

Serez-vous candidat aux Régionales ?
« J’ai toujours défendu le non cumul des mandats. Je travaille dans une majorité en étant très présent à Paris. Et je fais le pari que ce mandat ira à son terme. Je ne crois à une dissolution de l’Assemblée Nationale qui fait rêver certains, avec une agitation manifeste de mon prédécesseur. Je ne vois pas François Hollande précipiter sa majorité dans une dissolution pour survivre à lui-même… »

Avec la rentrée parlementaire, quelles vont être vos grands chantiers à l’Assemblée Nationale ?
« Le gros du travail va être le budget. Je vais regarder attentivement les dotations aux collectivités, le budget de l’Education Nationale pour pour l’effort des nécessaires créations de postes.
Au sujet du budget, Manuel Valls m’a demandé de le rencontrer, la semaine prochaine, ainsi que quelques autres députés. Je vais lui parler franchement.
Par ailleurs, comme je suis rapporteur des Affaires Etrangères, je vais continuez sur la voie de l’optimisation diplomatique. La France a le troisième réseau diplomatique au monde, avec l’USA et la Grande Bretagne. Aujourd’hui on voit bien qu’il n’est pas pertinent d’avoir des ambassades dans tout le pays. Par exemple, on va fermer l’ambassade de la France au Nepal. Pourquoi ? Parce qu’aujourd’hui on n’est plus du temps de Mao. Au Népal, un Consulat suffira pour les visas. Je suis donc en mesure d’annoncer qu’en 2015 l’Ambassade au Népal fermera. Ce sera aussi le cas de l’Ambassade de Trinidad et Tobago, avec la mise en place d’un Ambassadeur Interrégional, sur plus plusieurs pays.
Ce travail d’optimisation je le fais avec Laurent Fabius. C’est comme cela que nous avons vendu 17 millions d’euros un appartement à New York, pour en racheter un 2 millions d’euros qui fait parfaitement l’affaire ».

Quelle place, à vos yeux, doit tenir la Communauté Urbaine ?
« Le législateur a renforcé le rôle et le poids des intercommunalités. Il faut donc qu’elle soit encore plus vecteur de développement économique. Il faut qu’elle soit encore plus en capacité d’accompagner le développement économique, comme elle l’a déjà très bien fait pour le site industriel du Creusot et pour le Mecateam Cluster.
Mais au-delà des résultats des élections, il faut aussi renforcer les liens et la coopération avec le Grand Chalon. Il faut être armé pour la grande région. Il faut donc, au-delà des aspirations politiques de chacun, être capable de travailler sur l’essentiel.
Je note qu’Autun veut rentrer dans la réflexion, notamment pour ce qui concerne l’agence d’urbanisme qui est un outil de définition. C’est une bonne chance pour l’Autunois ».

Un des grands dossiers de l’Autunois mais aussi de la filière élevage, c’est l’abattoir. Que prônez-vous ?
« D’abord je veux saluer l’action de Rémy Rebeyrotte. Il fallait mettre l’abattoir aux normes et il l’a fait et impulsé avec rapidité et efficacité. Pour ce qui est d’un nouvel abattoir, l’Etat sera prêt à accompagner s’il y a des garanties de tonnage. Il faut des garanties avec des partenaires privées. Il y a en ce sens un fort travail mené avec les organisations syndicales. Il faut aussi s’assurer des concours des grandes enseignes de la distribution. Tout le monde a intérêt à avoir un abattoir performant à Autun. Mais il faut des actes. Je suis optimiste. On devrait pouvoir franchir les étapes nécessaires. C’est un enjeu pour les circuits courts. Il faut aussi que les grands chevillards s’engagent ».

Recueilli par
Alain BOLLERY


Article rédigé le 25 septembre 2014