Le blog de Philippe Baumel

Interview "Du terrorisme à la démocratie"

Que fait la France au Mali ? La réponse de Philippe Baumel, député de la 3 e circonscription.

Pour le député socialiste, l’Union européenne doit investir dans un continent africain fragilisé par les « injonctions du FMI ».

À la commission des affaires étrangères, plusieurs fois par semaine, vous entendez Fabius et Le Drian sur l’évolution du conflit. Les opérations de reconquête ont été une réussite mais avec la traque des islamistes dans le désert, n’y a-t-il pas un risque d’enlisement comme les Américains l’ont vécu en Afghanistan ?

La France n’a pas la prétention des États-Unis à imposer un modèle occidental au Mali. Ce n’est pas une guerre de conquête. On aide l’armée malienne à restaurer un état de droit. Mais on ne s’arrêtera pas aux villes. On ira chercher les terroristes jusqu’au bout. Dans le désert, dans les grottes, notamment grâce aux drones américains. La guerre change de forme et va probablement se déplacer car la perméabilité des frontières est importante avec la Mauritanie ou le Niger, pays où les intérêts français sont très sensibles avec les mines d’uranium d’Areva.

La mission de la France se limite-t-elle à chasser les terroristes ?

La France a un devoir moral envers le Mali, en tant qu’ancien pays colonisateur qui a bâti sa puissance pendant 150 ans sur le continent africain. On aide aujourd’hui l’état malien à se remettre en place pour organiser des élections le plus vite possible. La première condition nécessaire pour la démocratie, c’est la sécurité. Il ne faut pas oublier que dans les années 1990, le Mali était un des meilleurs élèves de la démocratisation promue par François Mitterrand. Mais il faut se demander pourquoi le Mali en est là aujourd’hui. Dans quel état se trouvent les pays africains à force de subir les injonctions du FMI ?

Le FMI est responsable de la montée de l’islamisme ?

À force de demander aux pays africains de raboter leur administration, il n’y a plus d’état du tout. Le FMI a voulu privatiser toutes les grandes entreprises nationales. La compagnie nationale de culture cotonnière, par exemple, a abandonné certains territoires pour accroître la rentabilité, laissant les populations dans la misère. Il faut comprendre les raisons du désespoir pour recréer un avenir.

Quel est le rôle de l’Europe dans cette reconstruction ?

Une partie de l’Europe ne regarde pas l’Afrique et elle a tort. Le XXI e siècle sera celui de la résurgence du continent africain. Mais l’Europe ne le voit pas car elle a pris le parti de Merkel de ne regarder que vers l’Asie. C’est insuffisant. Si la phase militaire a été un succès pour la France, l’avenir du Mali ne pourra pas se construire sans l’Europe. Il faut inventer un nouveau de coopération et de développement, réorienter les budgets européens vers des secteurs qui créent de l’emploi et de la richesse pour les populations.

Interview paru dans l’édition du 3 Février du journal de Saône et Loire


Article rédigé le 4 février 2013