Le blog de Philippe Baumel

Interview :« De la filière laitière à la filière bovine, il faut rapprocher les lieux de production des consommateurs »

Député de la circonscription Autun - Le Creusot - Chagny - Verdun sur le Doubs, Philippe Baumel a passé toute la matinée de mercredi sur le salon de l’agriculture à la Porte de Versailles à Paris. Il a répondu aux questions de « creusot-infos ».

Quels sont, à vos yeux, les enjeux pour les agriculteurs en ce début d’année 2013 ?

« C’est une année importante, puisque c’est celle de la re-négociation de la PAC. Il faut en profiter pour revoir les zonages, car aujourd’hui ils ne correspondent pas spécialement aux réalités de terrain. Il faut savoir que ces zonages, notamment pour les classements en zone montagne ont été réalisés, notamment, à partir de données satellite. Mais ils ne correspondent pas aux réalités vécues et rencontrées par les éleveurs. Ainsi, il n’est pas normal que des agriculteurs d’Antully ou d’Auxy, par exemple, ne bénéficient pas d’un classement zone montagne, alors que les conditions d’exploitation agricole sur le plateau ne sont pas spécialement faciles ».

Que préconisez-vous ?

Il faut travailler et revoir les zonages commune par commune. Il faut des regards croisés entre la commission de Bruxelles d’un côté et les acteurs locaux. Sont concernés notamment par l’exigence d’une nouvelle approche, par exemple, les cantons de Lucenay-l’Evêque, Issy-l’Evêque, mais aussi Etang sur Arroux. Au total, pour ma seule circonscription, six cantons sont directement concernés ».

La PAC c’est aussi le lait, avec semble-t-il des difficultés importantes pour un certain nombre de producteurs laitiers…

« La vraie question c’est de savoir quelle stratégie on veut. On ne peut pas continuer à avoir des agriculteurs qui produisent du lait en travaillant à perte. Dans le temps, cela n’est pas tenable.
La coopérative de Verdun sur le Doubs est aujourd’hui menacée. Pour la sauver il faut conforter la filière et donner des perspectives d’avenir. Cela passe aussi par des apports laitiers plus importants. En la matière les agriculteurs ont besoin de savoir quelle est la vision de l’Europe ».

La Coopérative Laitière de Bourgogne va se lancer d’ici le mois de juin dans une production de yaourts. Est-ce une solution aux problèmes de la filière laitière ?

« Je pense que cela va dans le bon sens. On voit bien aujourd’hui que les consommateurs ont envie de voir se rapprocher les productions, d’en être plus proches. Car pour les consommateurs c’est une question de confiance, autant que de transparence.
Oui il faut rapprocher les lieux de production des consommateurs. On voit bien au travers de la crise liée à la viande de cheval qui a remplacé de la viande de bœuf, que les consommateurs sont déboussolés et ont besoin de confiance. La proximité c’est pour moi l’enjeu de la période qui s’ouvre ».

La proximité c’est aussi l’abattoir d’Autun. Comment assurer son avenir ?

« La clé de l’avenir de l’abattoir d’Autun c’est le partenariat et l’engagement de la filière bovine. Et ce n’est pas qu’une question de mobilisation financière. J’en veux pour preuve que beaucoup d’argent a été mis, pendant des années, dans l’abattoir de la Communauté Urbaine. Mais faute de tonnages suffisants il n’a pas pu survivre.
Donc aujourd’hui il faut d’abord conforter et, si possible, augmenter le tonnage abattu à Autun. Après se posera la question de la construction d’un nouvel abattoir. Si le tonnage est là et suffisant, on le fera. Mais chacun comprendra que l’on ne peut pas s’engager sur un investissement de 7 à 8 millions d’euros si l’avenir est fait d’incertitudes.
Je note cependant que le Conseil Général de Saône-et-Loire a déjà annoncé qu’il s’engagera au minimum pour 250.000 euros. La Région a aussi dit qu’elle soutiendra l’investissement et je pense que le dossier sera bien traité au Ministère de l’Agriculture ».

Propos recueillis par Alain BOLLERY


Article rédigé le 28 février 2013