Le blog de Philippe Baumel

Creusot infos : Philippe Baumel et l’éviction d’Arnaud Montebourg : « Son seul tort a été de dire des vérités »

« J’ai des sentiments de colère et de regrets mêlés. Aujourd’hui, je déplore qu’on ne soit pas capable d’ouvrir le débat sur le rapport de la France avec l’Europe mais aussi sur les mesures en direction des classes moyennes et des classes populaires qui en ont besoin. Au lieu de ça, on voit les socialistes se diviser.

On le voit depuis maintenant deux ans et demi, la politique menée au niveau national ne porte pas ses fruits sur l’emploi, l’investissement et l’innovation. L’économie française est atone.

Pour dire les choses clairement concernant Arnaud Montebourg, c’est un ami qu’on éjecte du gouvernement. Son seul tort a été de dire la vérité, des vérités qu’il exprime déjà depuis des mois. Arnaud Montebourg a toujours été un homme libre, et je regrette qu’on se prive d’un tel talent doté d’une forte capacité d’analyse au gouvernement. Disons aussi que c’est un mal pour un bien, car il devient une parole plus importante, très importante de la gauche. Je vois cette démission du gouvernement comme une gestion d’autorité de Manuel Valls mais je pense qu’il se trompe vraiment, car s’il voulait réduire Arnaud Montebourg au silence il le place plutôt aujourd’hui au même niveau que lui.

Je ne fais pas dans la politique-fiction et je ne souhaite pas m’avancer sur de possibles primaires en vue de 2017, mais ce que je sais c’est qu’Arnaud Montebourg sera bien présent à La Rochelle avec ses amis. On ne peut pas parler de leader des frondeurs car il y a des courants et des sensibilités différentes, mais il peut faire partie des leaders naturels de la gauche. C’est un homme engagé, avec des convictions, fidèles à celles-ci, et que j’ai trouvé d’une vraie sincérité lors de son discours de sortie.

Je pense que l’échéance importante sera aussi en octobre, avec le débat sur le budget à l’Assemblée. Nous verrons là si le gouvernement est capable de changer d’orientation, de changer de cap. S’il ne change pas, ce sera difficile pour Manuel Valls de trouver une majorité. Les Verts qui se sont écartés, les radicaux qui se posent de plus en plus de questions, et maintenant des tensions et des divisions au sein même des socialistes, le Premier Ministre devrait faire attention car si c’est pour finir à deux (avec le Président de la République), ça ne mènera à rien.

Le vrai enjeu, c’est le débat européen et c’est faire en sorte que la France ne se conforme pas au modèle allemand caractérisé par une stricte réduction des déficits. La France ne redémarrera sa croissance qu’en prenant en compte cette logique qu’il faut travailler avec les autres pays. »

Recueilli par Alix BERTHIER


Article rédigé le 26 août 2014