Le blog de Philippe Baumel

Creusot infos : "LE CREUSOT : Le devoir de Mémoire réaffirmé dans les propos"

La cérémonie s’est prolongée à l’Alto où, avant le partage du verre de l’amitié, David Marti et Philippe Baumel ont prononcé des discours à l’occasion de ce 11 novembre. A deux jours du 13 novembre, le maire du Creusot a aussi exprimé une pensée plus large en adéquation avec le contexte mondial aujourd’hui... Le député de Saône-et-Loire est quant à lui revenu sur les souffrances liées à la Première Guerre mondiale, pour mieux terminer sur des valeurs de Paix et d’amitié. En introduction à leurs interventions que nous vous diffusons, ils n’ont pas manqué de saluer celles et ceux qui entretiennent la Mémoire.

Le discours de David Marti
« Comme il est de tradition à cette date et pour cette commémoration, je vais vous faire la lecture du texte officiel transmis par M. Le Ministre en charge des anciens combattants (lecture…).
Quelques mots si vous me le permettez après cette lecture :
Cette commémoration nous rappelle des événements tragiques du XXème siècle : Particulièrement, les victimes de la Première Guerre Mondiale et l’armistice conclu le 11 novembre 1918.
Mais elle nous permet aussi d’exprimer la reconnaissance du pays tout entier à l’égard de l’ensemble des morts pour la France, tombés pendant et depuis la Grande Guerre.
C’est donc un moment solennel à partager ensemble, pour honorer ceux qui se sont battus pour la France, souvent pour des idéaux érigés aujourd’hui en valeurs de notre République.
C’est notre présence collective qui contribue à honorer cette Mémoire et à réaliser notre travail envers elle.
Evoquer le travail de mémoire, c’est dépasser l’obligation morale du « simple » devoir de Mémoire.
Plus que se remémorer et honorer, il s’agit aussi de transmettre et d’interroger l’Histoire. C’est se familiariser avec les grands moments historiques qui ont fait notre société, qui ont modelé et construit l’héritage qui nous a été laissé. Un héritage qui a forgé notre République et ses valeurs.
Le travail de mémoire c’est aussi et surtout connaître, apprendre, découvrir le travail des historiens, des associations patriotiques et de l’ensemble des gardiens de notre Histoire.
Et à tout âge. Car il n’y a pas que les jeunes générations qui pourraient oublier que la paix est fragile.
Non, d’autres moins jeunes hélas semblent hélas ne plus en avoir conscience.
La guerre est un fléau et une réalité encore présente dans trop de pays. Guerre qui se nourrit toujours du terreau de l’ignorance, de l’exclusion, de l’individualisme et du repli sur soi.
La guerre a plusieurs visages et différentes formes : Guerre armée. Guerre froide. Guerre civile terrible car elle voit s’affronter souvent des membres d’une même famille.
Et puis elle peut prendre une forme encore plus perfide et tout aussi meurtrière : Le Terrorisme. Ce mot est une résonance à des réalités très actuelles.
Ces attentats dont beaucoup ont été empêchés grâce au travail acharné des forces de sécurité, un travail qu’il faut saluer.
Mais hélas malgré cela, tous n’ont pu être déjoués faisant de nombreuses victimes innocentes.
Réunis ce 11 novembre 2016, nous ne pouvons qu’avoir des pensées pour toutes les victimes de ce terrorisme ici et ailleurs dans le monde.
Notre ville n’a pas été épargnée lors de l’attentat perpétré le 13 novembre à Paris puisque parmi les nombreuses victimes tombées il y a eu Halima et Hodda Saadi.
J’ai souvent réfléchi à ce triste anniversaire.
Il m’a semblé que ce 11 novembre, qui nous réunis pour honorer la mémoire était le bon moment pour adresser en notre nom à tous, nos pensées les plus réconfortantes à leur famille si durement touchée.
C’est indéniable, la mémoire de ceux tombés pour la France doit être honorée.
Par notre présence aujourd’hui, nous perpétuons cette tradition républicaine.
Plus qu’un symbole, c’est notre devoir de citoyen que nous réalisons.
A tous, merci de contribuer à cette transmission. »

Le discours de Philippe Baumel
« Nous commémorons aujourd’hui le 98ème anniversaire de l’armistice qui mit fin à quatre longues années de guerre en Europe, pour honorer les deux millions de soldats français morts pour leur pays, pour célébrer une victoire avant tout, non évidemment celle d’un État sur un autre, mais pour célébrer la Paix qui triompha sur la guerre ce 11 novembre 1918. Et à chaque cérémonie, nous partageons la même émotion, l’émotion d’un pays, d’un peuple et aussi l’émotion de familles car elles ont été endeuillées par la mort d’un combattant dont les conséquences ont parfois dû être subies longtemps par les veuves et les orphelins.
Victor Hugo écrivait : la guerre c’est la guerre des hommes, la Paix c’est la guerre des idées. Cette phrase résonne comme un écho particulier aujourd’hui où nous commémorons les ravages de cette Première Guerre mondiale et de ces millions de vies perdues. S’il n’explique pas à lui seul les raisons de cette guerre l’esprit de revanche qui était entretenu depuis de nombreuses années en France suite à la perte de l’Alsace-Lorraine et à la chute du Second empire témoigne de ce qu’il ne fallait pas entretenir et de ce qui a pourtant conduit à une guerre mondiale, qui en a malheureusement précédé une un peu plus tardive.
En Europe, ce furent dix millions de morts, 10% de la population active masculine. On sait combien les conséquences seront lourdes sur le plan démographique pour les pays qui connaîtront pendant 20 ans un déficit structurel des naissances. 6 millions d’invalides, parmi lesquels ces nombreuses gueules cassées qui témoignèrent de la violence de la guerre, qui vit émerger des armes nouvelles, des armes chimiques ravageuses, destructrices.
Pensant qu’elle ne durerait que quelques mois les soldats durent affronter une réalité bien plus terrible que celle que l’on ne peut raconter. Quatre ans durant, pendant lesquels chaque jour semble être une éternité pour nos combattants enfouis dans les tranchées où la violence des combats fait rage, où les moments d’attente ne sont que violences psychologiques, sous la pluie, dans le froid, sous la neige, dans la boue, avec parfois à proximité la dépouille de leur camarade. La tension est permanente, l’attente est interminable.
Ces années, pendant lesquelles le sol fut labouré sans interruption par le fer et par le feu, quatre années souillées par les gaz asphyxiants qui laissèrent des traces indélébiles dans les corps et sur les visages de ceux qui en furent victimes. Tous ces sacrifices pour une victoire.
Ce 11 novembre 1918 les cloches des églises et les clairons militaires retentirent enfin dans l’hexagone. La joie, les rires, remplaçaient soudainement le bruit des mitraillettes et des canons, la terreur et le désespoir laissaient enfin la place à l’allégresse. Les soldats n’avaient qu’un mot lorsqu’ils rentrèrent chez eux, ils espéraient que c’était la der des ders, mais malheureusement leur voeu ne fut pas exaucé.
Les pays ne surent pas tirer les enseignements de ce conflit et les conditions d’une paix durable ne furent pas posées, car les nationalismes, à l’origine de cette guerre et au lieu d’être combattus, furent malheureusement entretenus et parfois même amplifiés. L’humiliation infligée aux nations vaincues allait rapidement favoriser l’émergence des fascismes partout en Europe qui présentaient alors un bilan économique désastreux.
Alors aujourd’hui pourquoi rappeler tout cela ? Pourquoi rappeler ces épisodes tragiques qui marquèrent l’histoire ? Tout simplement parce que le devoir de Mémoire est nécessaire pour que les erreurs du passé ne se reproduisent pas. La guerre 1914-1918 parait aujourd’hui fort lointaine, pour les plus jeunes notamment. Mais les rescapés de la Première Guerre mondiale ne sont plus là pour nous en rappeler la Mémoire. Leur témoignage est pourtant précieux, il permet de s’interroger sur les raisons d’une guerre, sur ses conséquences atroces pour les peuples qui y sont exposés.
Commémorer le 11 novembre, c’est donc accomplir ce devoir essentiel de citoyen, ce devoir de Mémoire vis-à-vis de ceux qui se sont battus pour leur pays et qui nous ont légué rien de moins que la liberté. Mais c’est aussi et surtout l’occasion de rappeler l’importance de la Paix et de l’amitié entre les peuples. Alors que l’Europe est à nouveau exposée comme au siècle dernier à une crise économique et sociale majeure, mais aussi à différentes guerres qui sont à ses portes tant en Europe de l’Est que sur les frontières sud-méditerranéennes, à l’heure aussi où les nationalismes trouvent comme au sortir de la guerre 1914-1918 un écho de plus en plus grand, il apparait absolument nécessaire le souhait de ceux qui ont combattu et qui ont vécu cette part tragique de notre histoire afin qu’elle ne se répète pas.
Ce 11 novembre, en mémoire de nos soldats qui ont payé de leurs vies les rivalités nationalistes nous devons plus que jamais porter cet idéal de Paix, de solidarité et d’ouverture. Car cette bataille-là pour la Paix entre les peuples n’est jamais gagnée, et nous savons que, à chaque génération, il nous faut la renouveler. Cette cérémonie y a contribué, sachons partager ce message autour de nous. Vive la France. »

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Article rédigé le 11 novembre 2016