Le blog de Philippe Baumel

Creusot Infos : "SALON DE L’AGRICULTURE : Le député Philippe Baumel était ce mercredi au Salon de l’Agriculture de Paris "

Présent ce mercredi dans les allées de la Porte de Versailles pour rencontrer quelques agriculteurs à l’occasion de la journée de la Bourgogne, le député Philippe Baumel, vice-président du groupe élevage à l’Assemblée Nationale, a répondu aux questions de Creusot-infos.

À quoi doit s’attendre la Saône-et-Loire avec la nouvelle Politique Agricole Commune ?
Je suis le dossier de la PAC avec le ministre de l’agriculture depuis déjà plusieurs mois au sein du groupe élevage à l’Assemblée Nationale. Cette réforme de la PAC est très favorable à la Saône-et-Loire car grâce à elle, notre département n’aura jamais reçu autant d’argent de Bruxelles en faveur de l’agriculture. Le bémol, c’est que nous ne connaissons toujours pas la clé de répartition de cette aide : en gros, sur la Saône-et-Loire, il y a une enveloppe confortée d’environ 15 millions d’euros en plus par rapport à la précédente PAC. Sur la Bourgogne, l’enveloppe est de 550 millions d’euros par an, ce qui constitue une aide très importante. Le gouvernement négocie actuellement avec l’Union Européenne, et précisément avec un commissaire européen à l’agriculture qui fait trainer l’arbitrage des modalités car il n’est pas favorable aux arguments français. Je ne suis pas inquiet sur le montant global, mais cette période d’incertitude fait que les agriculteurs ne savent pas de quoi sera faite l’année prochaine car personne ne sait comment sera répartie cette aide.

Sur quel point les discussions bloquent-elles ?
Le point de blocage essentiel concerne le montant de la prime à l’herbe : ce sont des négociations microscopiques qui bloquent la machine. Mais le délai est désormais très court : les agriculteurs doivent remplir les dossiers d’aide PAC d’ici à début mai, donc tous les arbitrages devront être rendus au plus tard courant avril. Ce sera le cas, mais on aurait pu s’éviter cela si l’Union Européenne n’avait pas tant traîné sur les modalités d’application. Il est vrai aussi que la PAC, surdotée comme elle l’est en France, fait beaucoup de jaloux en Europe, et que, d’une certaine façon, on le paye dans ce genre de discussions.

Crise que subit le bœuf charolais est grave. Que fait le gouvernement ?
Les modalités d’action d’un gouvernement quel qu’il soit se limitent aux aides à la production : la question est comment rendre la production rentable ? On en revient donc toujours aux aides à la PAC. Ces aides représentent entre 40 et 50% du chiffre d’affaire de chaque exploitation en Bourgogne, et notamment en Saône-et-Loire. Cela illustre bien l’impact considérable de la Politique Agricole Commune.
Il y a donc d’une part les aides européennes, qui sont négociées fortement aux rapports de force de pays à pays, puis les aides nationales et régionales, qui se couplent très souvent. C’est le cas notamment sur la mise en place des filières courtes. Dans ma circonscription, cela concerne la mise en place du nouvel abattoir d’Autun, qui permet d’abattre au plus près des producteurs et des consommateurs, et donc de construire un réseau de proximité. Cela peut également passer par des négociations avec les grands distributeurs. C’est en embryonnaire en Saône-et-Loire mais ça commence. Il existe des grandes surfaces qui achètent la totalité de leurs besoins en Saône-et-Loire. Par ces choses là, on voit apparaître un nouvel état d’esprit qui fait qu’en quelques années, on va tourner une page. On va s’éloigner de l’agriculture plutôt productiviste et soucieuse de la massification que l’on a connu depuis les années 70 pour se diriger vers une autre démarche, qui est celle de la qualité, de la proximité et d’une autre relation avec le producteur.
C’est la direction de la nouvelle PAC qui s’écrit en ce début de XXIe siècle. Il ne faut plus regarder dans le rétroviseur. Cet état d’esprit peu permettre de mieux satisfaire les consommateurs et de mieux rémunérer les producteurs, en réduisant les intermédiaires. N’oublions pas qu’aujourd’hui, au mieux, un agriculteur réussi à dégager un smic de son activité !

Certains éleveurs reprochent au gouvernement des décisions diplomatiques qui leur ont fermé des marchés. Que leur répondez-vous ?
Il y eu un véritable coup d’arrêt avec l’embargo vers la Russie mais j’ai pu constater que très vite, un certain nombre de grands marchands ont contourné cet embargo en faisant transiter leur viande par des pays d’Europe du Nord qui pouvaient ensuite la revendre à la Russie puisqu’ils ne sont pas concernés par l’embargo. Et quoi qu’il en soit, l’embargo est aujourd’hui levé. Il y a eu quelques semaine de flottement, mais le gouvernement n’est jamais resté inactif. Et puis sincèrement, on ne peut pas reprocher à la France d’être sur une position diplomatique claire vis-à-vis de ceux qui attaquent injustement un pays voisin. Que diraient les mêmes grincheux si demain, la Russie était à nos portes et viendrait annexer telle ou telle province ?

Propos recueillis par Nicolas RICHOFFER

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Article rédigé le 26 février 2015